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Il y a
moins d’un an, vous auriez, au cours d’une conversation
entre confrères, parlé de H5N1, et vos interlocuteurs
vous aurez observé discrètement pour vérifier si vous ne
présentiez pas d’autres signes d’AIT débutant. Quelques
mois plus tard, à l’évocation de cet acronyme, que tout
le monde d’un air entendu associe au virus de la grippe
aviaire, il paraîtrait du dernier ringard de ne pas
s’inquiéter de la pandémie qui menace notre planète
bleue. Il est convenu, dans les salons médicaux, de
connaître parfaitement le sujet, et j’ai surpris plus
d’un confrère assurer « je savais depuis des années, que
cela allait arriver ». Curieusement, ma boulangère,
tient les mêmes propos, mais, après tout, elle partage
avec mes doctes collègues les mêmes sources
d’information hautement scientifiques que sont les
grands media. Vous avez comme moi été terrifié par
l’annonce prochaine de millions de mort dans les pays
occidentaux, du fait de ce traître virus qui menace de
nous décimer plus que les deux guerres mondiales
réunies. Que dites-vous ? Je n’ai parlé que des pays
occidentaux ? Excusez moi, mais vous admettrez que les
pays en voie de développement sont habitués aux
désastres, eux. Tandis que chez nous, cela fait vraiment
désordre. Que dites-vous encore ? Je ne m’offusque pas
des millions de morts du paludisme ? Mais si, mais si.
Mais tout de même notre société moderne devrait savoir
nous protéger complètement, ou alors, ce n’est pas la
peine d’être développé. Nous supportons mal un retard de
train d’une heure, et il faudrait accepter de périr d’un
espèce de vibrion au nom bizarre ?
Nous vivons dans un monde que nous voulons sécurisé. Et
c’est bien en réponse à cette demande de sécurité
absolue (dont se nourrissent les politiques extrêmes,
vertes ou brunes) qu’une campagne à nulle autre pareille
a été conduite. Pas moins de 254 (au moins) réunions
inter-ministérielles par jour. Des centaines de plans
veillant à transformer la France en glacis aussi
imprenable que la ligne Maginot, ont été édictés. Les
gallinacés n’ont qu’à bien se tenir. Des masques haute
protection ont été commandés pour quelques deux siècles
d’utilisation.
Bien sûr, il ne saurait être question, dans ces lignes,
de critiquer un principe de précaution. La médecine
préventive reste la plus pertinente qui soit. Mais
lorsqu’il n’est plus question que de cela, nous sommes
en droit de nous interroger. De toutes façon, vous avez
noté comme moi, que l’épidémie médiatique a été stoppée
net par un traitement radical nouveau, une autre sorte
d’épidémie : les incendies de voitures. Soudain, plus
question de grippe aviaire ! H5N1 est probablement
thermolabile, et le CNRS est chargé de l’enquête.
Cette agitation médiatique nous rappelle aussi que tout
n’est pas triste dans la vie. Il suffit de penser aux
bons actionnaires des Laboratoires Roche. A côté d’eux,
le « cerveau » du train de Londres fait office
d’amateur. C’est par tonnes que le Tamiflu® s’est vendu,
sans qu’aucune preuve scientifique n’en démontre le bien
fondé, à des gouvernements inquiets de trop avoir
inquiété leurs concitoyens. Les mêmes actionnaires ont
d’ailleurs failli périr de rire (rire contenu tout de
même, nous sommes entre gens du beau monde), lorsqu’il
s’est avéré que le Tamiflu® prescrit à quelques malades
asiatiques touchés par le virus avait eu la même
efficacité qu’un chapelet sous une pierre noire.
Certes, il est difficile de demander à nos décideurs de
relire régulièrement les quelques 550 pages de La
Critique de la Raison Pure, mais ils devraient se garder
d’une attitude par trop empirique, car l’empirisme est
une affaire de croyance, d’impression, et non de
science. Depuis Platon, nous avons appris à distinguer
la Raison, autrement dit « l’intelligible », fruit des
idées construites et de la réflexion, de l’Impression,
qui nous vient de la simple perception, autrement dit de
nos sens. Et qu’y a t-il de plus subjectif que le « sens
» ? Rien en tous cas qui doive conduire à de grandes
décisions concernant la santé.
Ce mois-ci, trois enfants meurent, probablement de la
grippe, en Turquie. Ce n’est qu’un cri « l’Europe est
cernée ». Les 25 000 enfants mourrant chaque mois de
famine ailleurs, c’est à dire dans l’over-land dont les
nations ne sont bien souvent citées qu’à l’occasion du
passage d’une épreuve sportive (?) mécanique,
n’intéressent pas grand monde. Nous pourrions demander à
nos amis psychiatres si ce repli sur nous est
assimilable à de l’autisme ou à de la schizophrénie.
Alléluia ! Il est paru le divin
protocole
Vraiment étrange cette arrivée des nouveaux protocoles
de l’AHA. Ils sont rendus public tout à fait dans le
style de la sortie du dernier Harry Potter. Rien ne doit
filtrer avant le jour J et l’heure H. Je ne peux
m’empêcher de trouver un côté enfantin à cette
procédure. Plus gênant, elle me semble peu éthique. En
effet : Ou les nouveaux protocoles sont déterminés comme
plus efficaces, et il faut vite en faire profiter les
victimes d’arrêt cardiaque du monde entier. Ou ce n’est
qu’un simple ajustage, et toute cette agitation est
quelque peu dérisoire.
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