|
La nitroglycérine
(NTG) est synthétisée en 1846 par Sobrero. Ses propriétés
anti-angoreuses sont décrites en 1879 par Murrel, qui
en démontre l’efficacité, par voie sub-linguale,
dans le traitement curatif et préventif de l’angor.
Malgré son intérêt prouvé, l’utilisation de la NTG
a longtemps été restreint par sa courte durée
d’action par la seule voie alors utilisable. C’est
la mise au point d’autres formes, pommades et formes
orales à libération prolongée, qui a permis d’élargir
les indications à l’insuffisance cardiaque congestive
ou survenant au décours d’un infarctus du myocarde
(IDM), mais aussi à la préservation du myocarde ischémié.
L’administration I.V. est possible depuis 1969.

Concentration
plasmatique de trinitrine après administration
sublinguale de 0,6 mg chez 10 volontaires sains.
(d’après Armstrong L.W., Armstrong J.A., Marks G.S.
Circulation 1979, 59 ; 585-88)
PHYSIOLOGIE DE LA
VASO-MOTRICITÉ
1 - RÉGULATION DE LA
VASO-MOTRICITÉ
La régulation
de la vaso-motricité obéit à des lois et des mécanismes
différents selon le type de vaisseau concerné :
artériole, artère ou veine.
a)
Vasomotricité artériolaire
Les artérioles constituent la majeure part des " résistances
périphériques " opposées à l’éjection
ventriculaire gauche (EVG). Ces résistances sont
proportionnelles à la pression artérielle (PA), et
inversement proportionnelles au débit cardiaque (DC).
Elles sont diminuées par l’administration d’un
vasodilatateur et obéissent à la loi de Poiseuille régissant
l’écoulement des flux laminaires. Cette loi ne peut
cependant être retenue pour évaluer les résistances
de l’individu " global ", compte
tenu de l’extrême hétérogénéité de réponse des
différentes régions de l’organisme. Les circulations
cérébrales, cutanées, rénales, musculaires, par
exemple, sont modulées par des systèmes régulateurs
différents, qui peuvent être nerveux, métaboliques ou
endothéliaux. Présents à tous les niveaux, ils jouent
selon les territoires un rôle quantitatif variable.
Par ailleurs, lors d’une vasodilatation, la PA et le
DC ne varient pas indépendamment l’un de l’autre.
Des mécanismes d’adaptation, notamment baro-réflexes,
se mettent en jeu. Nous pouvons, en fait, considérer
que les résistances périphériques sont la résultante
à la fois d’un phénomène vasomoteur et de mécanismes
compensateurs variables d’un territoire à l’autre.
b) Vaisseaux artériels
de gros calibre
Les vaisseaux artériels de gros calibre sont des
vaisseaux de distribution, ou de conductance.
Leur structure histologique conjonctive est dense en
fibres élastiques, et ils ne représentent qu’une
faible part des résistances à l’écoulement du sang.
Cependant l’échographie vasculaire, mesurant de façon
précise et reproductible le diamètre de ces vaisseaux,
a pu permettre de souligner leur rôle dans la régulation
de la vasomotricité. Il a été longtemps communément
admis qu’ils subissaient une dilatation " passive "
sous l’effet d’une augmentation de la PA. En fait
certains vasodilatateurs comme la trinitrine et les
inhibiteurs de l’enzyme de conversion augmentent le
diamètre des artères alors que la PA diminue, tandis
que d’autres comme la di-hydralazine diminuent
concomitamment diamètre des vaisseaux et PA. Il est
admis maintenant que ces vaisseaux peuvent être composés
de 40% de fibres musculaires lisses, et ont, sous
l’effet d’une régulation endothéliale propre, un
certain rôle à jouer dans la variation des flux et
pressions.
c) Le secteur veineux
ou capacitif
Les mécanismes de régulation du secteur veineux sont
variables en fonction du territoire, mais aussi du
statut hémodynamique et de l’existence d’une
pathologie sous jacente. L’action d’un
vasodilatateur se traduit, non pas par une simple
augmentation de diamètre, mais aussi par une
modification de forme de la veine. Elliptique pour les
basses pressions, elle devient de plus en plus
circulaire sous l’effet de leur augmentation. Parallèlement
à ce mécanisme passif, existe une activité musculaire
lisse d’autant plus importante qu’une pression élevée
est durablement appliquée. C’est le phénomène
retrouvé dans les cas d’insuffisance cardiaque
chronique.
Courbe
pression-volume d’une veine isolée (d’après
Escourrou-Arch. Mal. Cœur, 1991 : 84, (1), 53).
d) Mise en jeu des mécanismes
compensateurs
L’administration
d’une molécule vasodilatatrice, ou la mise en jeu
d’un réflexe vaso-dilatateur, active des mécanismes
de régulation, ou de contre régulation, responsables
de divers effets : tachycardie, augmentation du DC,
vasoconstriction artériolaire ou veineuse (voire des
gros troncs artériels). L’effet physiologique, ou
pharmacologique, obtenu est la résultante de
l’ensemble des réactions.
Les mécanismes
de "contre-régulation" à un stimulus
vaso-dilatateur.
Dans un premier
temps, la régulation est végétative, et met en jeu un
baro-réflexe. Si la stimulation se prolonge, la régulation
devient neuro-hormonale par le biais de l’action du
système rénine angiotensine. Cette " contre
régulation " explique le phénomène de
rebond observé à l’arrêt d’un traitement
anti-hypertenseur, et aussi les différences
pharmacologiques entre les divers vasodilatateurs.
2 - PHYSIOLOGIE DE
LA CELLULE MUSCULAIRE LISSE VASCULAIRE, ET DE SES RÉCEPTEURS.
La cellule musculaire
lisse vasculaire est la cible ultime des stimuli
vaso-moteurs, qu’ils soient d’origine nerveuse,
hormonale ou métabolique. Les informations sont
transmises in situ par l’intermédiaire de récepteurs
membranaires. L’activation de ces récepteurs modifie
la quantité d’ions Calcium disponible au niveau des
sites actifs des protéines actine et myosine.
Expression
d’un stimulus vaso-dilatateur au niveau de la fibre
lisse vasculaire.
Il existe deux
catégories de récepteurs :
-
des récepteurs
modifiant directement les mouvements de Calcium.
-
des récepteurs
entraînant la production d’un deuxième messager,
le GMP-cyclique (Guanosine-monophosphate cyclique)
3 - RÉGULATION
ENDOTHÉLIALE DE LA VASO-MOTRICITÉ
Jusqu’au
début des années 80, l’endothélium vasculaire était
considéré comme une simple barrière, jouant cependant
un rôle dans la prévention de la thrombose par ses
capacités de synthèse de prostaglandines anti-agrégantes
(prostacycline – PGI2).
Furgott mettra en évidence le rôle physiologique actif
de l’endothélium. L’exposition in vitro d’un
fragment artériel isolé à de l’acétylcholine entraîne
soit une vasodilatation, soit une vasoconstriction selon
que l’endothélium a été préservé ou enlevé.
Furgott en a déduit que si l’acétylcholine,
vasoconstrictrice, pouvait induire un effet inverse,
c’est qu’elle générait la production d’un
vasodilatateur plus puissant que son effet propre. Ce
vasodilatateur ne pouvait être issu que de l’endothélium.
Ce n’est que plus tard, baptisé EDRF (Endothelium
Derived Relaxing Factor), qu’il a été chimiquement
identifié. En fait l’endothélium est capable, en réponse
à des stimuli, de produire des substances
vasodilatatrices, mais aussi vasoconstrictrices, jouant
là un rôle de régulation complexe.
Il est possible, cela est bien connu maintenant, de
distinguer des facteurs vasodilatateurs par médiation
endothéliale, et des facteurs vasodilatateurs
d’origine endothéliale.
Les
stimulants de la vasodilatation endothéliale.

Physiologie
de l’EDRF 1.
a) Le
premier facteur décrit a été l’EDRF 1 ou Monoxyde
d’Azote (NO). Son précurseur métabolique est la
L-arginine. Si le radical NO est l’élément actif, un
doute subsiste sur la production directe libre par la
cellule endothéliale. Elle ne pourrait se faire
qu’après synthèse de nitroso-cystèine. Le radical
NO, doté d’un électron célibataire, est extrêmement
réactif, ce qui explique sa haute activité biologique
est sa brève demi-vie.
Le mécanisme d’action de l’EDRF1 passe par
l’activation de la guanylate-cyclase et la production
de GMP-cyclique, second messager de la relaxation
musculaire et donc de la vasodilatation.
L’EDRF1, par activation de la guanylate plaquettaire a
aussi un effet anti adhésif et anti-agrégant
plaquettaire.
Notons que le L.N – monométhyl arginine ( L-NMMA) est
le plus puissant inhibiteur connu de la synthèse de
l’EDRF1 à partir de la L-arginine.
b) L’EDRF2 est un facteur hyperpolarisant. Son
existence a été suspectée par la constatation de phénomènes
de vasodilatation non affectés par le L-NMMA. Sa nature
chimique n’est pas encore exactement connue. Son effet
vasodilatateur est sélectivement bloqué par les
digitaliques (et principalement l’ouabaïne), alors
que ceux ci n’altèrent pas la vasodilatation endothéliale
liée à l’EDRF1.

Physiologie
de l’EDRF 2.

Les
facteurs de relaxation endothéliaux.
L’action
de ces facteurs vasodilatateurs est altérée dans
certaines pathologies : athérome, hypertension artérielle,
ou insuffisance cardiaque. Les dérivé nitrés trouvent
là une justification thérapeutique " substitutive ".
Vasoconstriction
à médiation endothéliale.
L’endothélium, en réponse à des stimuli, comme
l’hypoxie ou certains métabolites de l’acide
arachidonique, est capable d’induire une
vasoconstriction.
Trois facteurs vasoconstricteurs sont connus :
- Le thromboxane A2, produit de l’activation de la
cyclo-oxygénase.
- Des ions superoxydes qui ont un rôle vasoconstricteur
direct ou par dégradation de l’EDRF1.
- L’endothéline, polypeptide de 21 acides aminés,
dont la synthèse endothéliale est stimulée par la
thrombine, l’adrénaline, l’interleukine 1 et
l’hypoxie.
Les
principaux systèmes vaso-régulateurs.
En résumé :
Les
stimuli nerveux sympathiques et para-sympathiques
renseignent le segment vasculaire sur l’hémodynamique
systémique, et sont les principaux déterminants de la
vasomotricité réflexe.
Les contraintes de pression au niveau du segment
vasculaire transmettent leurs informations directement,
et de façon perpendiculaire, à la fibre musculaire
lisse, ou tangentiellement, par l’intermédiaire de
l’endothélium.
Les produits du métabolisme local renseignent la fibre
musculaire sur les besoins tissulaires.
Les médiateurs circulants mettent en jeu des facteurs
vasomoteurs endothéliaux.
MÉCANISMES
D’ACTION DES DÉRIVÉS NITRÉS
1 - ACTION CELLULAIRE
DES DÉRIVÉS NITRÉS
L’augmentation
de la biosynthèse de la prostacycline (PGI2), démontrée
par Levin en 1983, n’explique pas à elle seule
l’effet vasodilatateur des dérivés nitrés. La
partie active de la molécule, tout comme le NO, se
fixerait sur la guanylate-cyclase qu’elle active par
l’intermédiaire d’une protéine de couplage. Cet
enzyme transforme ensuite le Guanosite triphosphate en
GMP cyclique, qui est le second messager
intra-cellulaire de l’effet des dérivés nitrés. Il
active une protéine Kinase qui favorise la
phosphorylation des protéines intra cellulaires régulant
les mouvements de calcium, et est ainsi responsable
d’une diminution de la concentration en calcium
intra-cytosolique disponible au site actif des protéines
contractiles.
Récapitulatif
du mécanisme d’action intra-cellulaire des nitrés.
Les DN doivent subir
à l’intérieur de la cellule musculaire lisse une
transformation chimique complexe impliquant des radicaux
soufrés et permettant notamment la réduction du
radical NO2 en radical NO, puis la formation d’une
nouvelle molécule, le S. nitrosothiol, qui est
l’ultime composant activant la guanylate-cyclase.
Cette connaissance des mécanismes d’action cellulaire
est essentielle. Il est possible désormais de concevoir
une potentialisation clinique des effets des DN par la
co-prescription de molécules soufrées.
2 -
EFFETS HÉMODYNAMIQUES DES DÉRIVÉS NITRÉS
a)
Vasodilatation veineuse
Les DN exercent leurs effets vasodilatateurs sur le système
veineux dés les plus faibles posologies.
Cette veino-dilatation est d’autant plus marquée
qu’elle est initialement plus élevée. Il en résulte
une augmentation de la capacitance veineuse et une
diminution du retour veineux. La diminution de pression
de remplissage du ventricule droit (VD) entraîne
secondairement une diminution de pression de remplissage
du ventricule gauche (VG). Cet effet hémodynamique
fondamental des DN explique leur efficacité dans
l’insuffisance cardiaque gauche et dans
l’insuffisance coronaire. La pression télédiastolique
du VG détermine la tension pariétale du VG, donc la
consommation en oxygène du myocarde.
En application de la loi de Starling, la diminution de
la pression télédiastolique du VG (PTDVG)
s’accompagne d’une diminution du volume d’éjection
systolique (VES) lorsque les pressions de remplissage du
VG sont basses ou normales. L’hypotension artérielle
qui en résulte peut s’accompagner de tachycardie et
vasoconstriction réflexe. Cette réponse délétère
augmente les besoins en O2 du myocarde. Au contraire,
pour des pressions initiales élevées de remplissage du
VG, la diminution du PTDVG n’entraîne pas de
diminution du VES.
Conséquences
de la veinodilatation induite par les nitrés. (Une même
diminution de PTDVG entraîne : - une diminution du
VES lorsque la PTDVG était initialement normale (1). -
Une faible modification du VES lorsque la PTDVG était
initialement élevée (2).
b)
Vasodilatation artérielle
- A faible posologie, la vasodilatation veineuse entraîne
une désensibilisation des mécano-récepteurs basse
pression de l’oreillette droite, induisant une légère
vasodilatation périphérique.
- A forte posologie, l’effet vasodilatateur artériel
est direct, et surtout marqué sur les gros troncs.
L’abaissement des résistances à l’éjection
ventriculaire gauche contribue à l’amélioration du débit
cardiaque.
Influence
du débit de perfusion sur les effets hémodynamiques
des dérivés nitrés.
-
Influence de l’état initial
- Pour une fonction ventriculaire gauche conservée, les
mécanismes de " contre régulation "
sont actifs (tachycardie). Dans l’insuffisance
cardiaque, le baro-réflexe est moins marqué, par
contre les résistances à l’éjection du VG étant
initialement plus élevées, l’effet vasodilatateur
artériel direct est plus marqué au niveau du débit
cardiaque.
- Effets des DN sur la circulation coronaire
**
Sur la circulation coronaire normale.
Les DN vasodilatent les gros troncs qui ne représentent
qu’une partie négligeable des résistances à la
circulation coronaire. En pratique, l’effet des DN sur
cette circulation dépend des modifications de
consommation en O2 du myocarde qu’ils
induisent par leur action hémodynamique systémique.
**
Sur une circulation coronaire pathologique.
L’effet des DN se marque par différents mécanismes
- Levée d’un spasme coronaire, et diminution du tonus
vasoconstricteur coronaire (anormalement élevé chez
l’insuffisant coronarien).
- Augmentation du flux collatéral, et perfusion des
zones ischémiques.
- Diminution de la PTDVG, ce qui diminue la tension
myocardique, et diminue les besoins en O2.
3 -
EFFETS DES DÉRIVÉS NITRÉS SUR LES FONCTIONS
PLAQUETTAIRES
L’effet
anti-agrégant plaquettaire des DN s’explique par la
stimulation de la prostacycline (PGI2), et par
l’action des radicaux NO sur la guanylate-cyclase
plaquettaire.
Ces effets jouent en faveur de l’amélioration des
circulations locales.
PHARMACOCINÉTIQUE
DES DÉRIVÉS NITRÉS
1 - DIFFICULTÉS MÉTHODOLOGIQUES
Elles sont de quatre ordres :
- les techniques de dosage sont complexes et font appel
à la chromatographie en phase gazeuse couplée à la
spectrographie de masse.
- il est nécessaire de traiter instantanément les échantillons
prélevés.
- les taux sanguins de DN ne reflètent qu’une partie
de leur devenir dans l’organisme.
- les métabolites actifs sont difficiles à identifier.
2 - PHARMACOCINETIQUE
DE LA TRINITRINE
La trinitrine est catabolisée au niveau des érythrocytes,
du foie et de l’endothélium vasculaire. L’enzyme hépatique
active est la gluthation-nitrate réductase. Elle existe
en quantité importante, et seule une diminution du débit
sanguin hépatique (lors d’insuffisance cardiaque par
exemple) peut altérer le catabolisme de la trinitrine.
Les métabolites sont éliminés par voie urinaire.
a)
Utilisation de la voie sub-linguale
Les concentrations sanguines sont rapidement élevées,
mais du fait du catabolisme, la demi-vie n’est que de
2 à 4 minutes (voir schéma 1).
b)
Utilisation de la voie transcutanée
Des patchs transdermiques peuvent assurer la délivrance
de 5 à 10 mg de TNT sur une période de 24 heures. Les
taux plasmatiques sont alors constants.
c)
Utilisation de la voie intraveineuse
Pour une utilisation par voie veineuse, seul le mode
d’administration continu est pratiqué. Cette voie, et
ce mode, permettent une juste adéquation des posologies
aux besoins. Il faut tenir compte de l’interaction de
la TNT avec les tubulures de perfusion ou les seringues
en polyvinyle, et seul du matériel en polyéthylène ou
polypropylène doit être employé.
Les posologies courantes vont de 0,5 à 5 mg/heure.
3 -
PHARMACOCINÉTIQUE DU DINITRATE D’ISOSORBIDE
Son métabolisme
aboutit à la formation de deux dérivés mononitrés
qui sont, contrairement aux métabolites de la
trinitrine, hémodynamiquement actifs.
a)
Utilisation de la voie sub-linguale
La résorption du DNIS est aussi rapide que celle de la
TNT, mais sa demi-vie d’élimination est de 1 heure.
b)
Utilisation de la voie intraveineuse
La rémanence de l’effet hémodynamique à l’arrêt
de la perfusion du DNIS est plus longue que pour la TNT.
Si le mode d’utilisation de la TNT et du DNIS par voie
veineuse est identique, les posologies doivent tenir
compte de la puissance d’action des 2 molécules et en
général sont 1,5 à 2 fois supérieure avec le DNIS
par rapport à la TNT
DÉRIVÉS NITRÉS
DANS LE TRAITEMENT DE L’INSUFFISANCE CORONAIRE
L’insuffisance
coronaire est la plus ancienne et la principale
indication des DN.
1 - MÉCANISMES
DE L’EFFET ANTI-ANGINEUX
La veinodilatation augmente la capacitance veineuse et
diminue la pré-charge. La diminution de la PTDVG
diminue la tension myocardique, qui est, avec la fréquence
cardiaque et l’inotropisme, un des déterminants
majeurs des besoins en O2 du myocarde. Par ailleurs,
cette diminution de la PTDVG décomprime les artérioles
coronaires sous endocardiques et facilite leur
remplissage diastolique.
D’autres effets notables des DN sont la vasodilatation
des artères coronaires épicardiques de gros calibre,
la levée du spasme localisé retrouvé dans l’Angor
de Prinzmetal et certains angors instables, et la
vasodilatation de l’arc sain des coronaires non complètement
athéromateuses.
Enfin les DN sont susceptibles d’augmenter la
perfusion des zones ischémiques par l’intermédiaire
de l’établissement d’une circulation collatérale.
Par contre, les DN n’ont aucun effet vasodilatateur
sur les coronaires de petit calibre.
2 - ASSOCIATION DES DÉRIVÉS
NITRÉS A D’AUTRES MOLÉCULES
L’association DN et bêta-bloquants permet une
synergie potentiellement efficace sur le plan hémodynamique,
en diminuant les effets indésirables de chacune des molécules.

Effets
des nitrés et des b-bloquants sur les déterminants de
l’équilibre énergétique du myocarde.
La
tachycardie réflexe des DN est antagonisée par
l’effet chronotrope (-), et l’augmentation de la
PTDVG éventuelle des bêta-bloquants est contre-balancée
par l’effet veinodilatateur des DN.
L’association d’inhibiteurs calciques, souvent préconisée,
peut cependant induire une hypotension orthostatique.
Ils seront réservés aux angors spastiques.
La triple association DN, bêta-bloquants et inhibiteurs
calciques a montré son efficacité dans les formes réfractaires
d’angor d’effort, et dans le traitement de l’angor
instable.
3 - DÉRIVÉS NITRÉS
A LA PHASE AIGUË DE L’INFARCTUS DU MYOCARDE
- Traitement de
l’IDM compliqué d’insuffisance ventriculaire
gauche.
Cette éventualité, relativement fréquente en cas
d’infarctus étendu récidivant est une indication élective
des DN. Ils diminuent la pression capillaire pulmonaire,
diminuent les résistances à l’éjection du VG défaillant,
diminuent les besoins en O2 du myocarde.
L’utilisation de fortes posologies, 3 à 6 mg/h, est
parfois nécessaire. Il peut être utile aussi
d’associer des inotropes positifs (dobutamine).
- Traitement de
l’IDM non compliqué.
L’utilisation systématique de DN par voie IV permet
une réduction significative de la mortalité et des
complications immédiates.
Effets
des nitrés à la phase aiguë de l’infarctus du
myocarde. (D’après Judgutt, Circulation, 1988, 78,
906).
- Contre-indications
à l’emploi de DN, lors d’un IDM.
Les DN ne sont pas recommandés lorsque le patient est
hypovolémique et/ou hypotendu. De même, lors des
extensions ventriculaires droites de la lésion, le
ventricule droit devient moins compliant, et ne peut se
remplir que sous l’effet d’une pré-charge élevée.
Si des DN sont utilisé, se devra être à faible
posologie (0,5 mg/h), et en surveillant attentivement le
régime tensionnel.
DÉRIVÉS NITRÉS
DANS LE TRAITEMENT DE L’INSUFFISANCE CARDIAQUE
Cette
indication des DN n’a été que tardivement proposée.
Il était postulé que la pré et la post-charge étaient
régulées au mieux par les mécanismes compensateurs de
l’insuffisance cardiaque.
1 - MÉCANISMES DE
L’EFFET THÉRAPEUTIQUE DES DÉRIVÉS NITRÉS DANS
L’INSUFFISANCE CARDIAQUE
LA VASODILATATION
VEINEUSE.
Elle est l’effet hémodynamique principal des DN, et
est marquée dés les faibles posologies (50µg/min.).
L’augmentation de capacitance du secteur veineux
revient à reproduire une " saignée "
pharmacologique. La diminution de pression de
remplissage du VG diminue la pression capillaire
pulmonaire d’amont. Les signes cliniques et
radiologiques de " poumon cardiaque "
s’amendent. La symptomatologie de défaillance du cœur
droit s’atténue, mais les valeurs de volume d’éjection
systolique restent préservées.
LA VASODILATATION ARTÉRIELLE.
Elle n’est marquée que pour des posologies élevées
de DN. Cette vasodilatation permet, en luttant contre
l’hypertonie sympathique, de diminuer les résistances
à l’éjection ventriculaire gauche. Cet effet est intéressant
dans les formes sévères d’insuffisance cardiaque. Le
VG défaillant est particulièrement sensible aux
variations de la post-charge.
2 - TRAITEMENT DE
L’INSUFFISANCE VENTRICULAIRE GAUCHE AIGUË.
L’utilisation des DN dans le traitement de l’Œdème
Aigu Pulmonaire, nous venons de le voir, permet de
modifier rapidement et favorablement les régimes de
pression. Cette utilisation, même par voie veineuse,
s’est simplifiée, et est possible même en préhospitalier.
Un monitorage simple, PNI et SaO2, sont
suffisants.
La voie sub-linguale
est utile en première intention.
Lénitral® Spray : 2 à 4 pulvérisations
de 0.4 mg, à renouveler toutes les 15 min.
La perfusion intraveineuse continue permet une meilleure
adaptation posologique aux besoins, et assure un
traitement facilement maîtrisable durant les temps de
transport et transfert du patient. Le débit initial de
1 mg/h sera augmenté toutes les 15 min., en fonction de
la clinique.
Dans les formes graves d’insuffisance ventriculaire
gauche, de la dobutamine peut être associée aux DN.
CONCLUSION
Les
DN sont parmi les plus anciens produits de la pharmacopée
à disposition des médecins. Une meilleure connaissance
de leurs mécanismes d’action a permis de préciser
les indications. De nouvelles voie d’administration en
facilitent l’usage.
BIBLIOGRAPHIE
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de la pharmacologie à la pratique.
TRAITEMENT DE
L’OAP
Position demi-assise (en l’absence de signes de
choc).
SaO2
02 au masque
Prise TA
Lénitral Spray : 2 bouffées®
Voie veineuse
Lasilix® 20 mg, ou Burinex® 2mg IV.
DN IV :Lénitral®
trinitrine : amp. de 3mg/ 2 ml ou 15 mg/ 10 ml.
En cas d’urgence extrême, ou en l’absence de
matériel : 0.5 mg IV en 30 sec.
A la seringue électrique :
30 mg / 50 ml, et débuter
à la vitesse 2.
Choc cardiogénique :
Dobutrex® 250 mg / 20
ml
Ramener à 50 ml, et vitesse 1 à 1,5.
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