|
Une catastrophe est un événement soudain, relativement bref qui atteint une collectivité et qui menace de manière imprévisible, immédiate et grave la santé d'un grand nombre d'individus, les bien particuliers et collectifs.
La médecine de catastrophe devient une médecine de l'exception et des cas multiples. Il existe toujours dans ce type de médecine une disproportion entre l'ampleur de la détresse et les moyens humains et matériels mis à disposition pour secourir, trier et soigner. Si dans ces situations, l'improvisation n'est pas de mise, des choix souvent difficiles, parfois contraires à nos habitudes s'imposent. C'est là toute la difficulté de la médecine de catastrophe qui nécessite un développement extrême des qualités médicales, des qualités de discipline et d'organisation.
Cette médecine n'est efficace que si elle repose sur une formation de haut niveau et sur une solide expérience.
Cette médecine de crise s'est développée car les catastrophes ont endeuillé l'humanité depuis des millénaires et malheureusement le monde moderne n'a pas fait disparaître ces événements nocifs, bien au contraire.
Les catastrophes peuvent être naturelles ( tremblements de terre, inondations, cyclones, glissements de terrain..), technologiques ( accidents de chemin de fer, rupture de barrage, explosions de silos, de bâtiments industriels, accidents de transport de matière dangereuses ) ou humaines ( terrorisme, émeutes..)
L'histoire est émaillée de catastrophes toutes plus graves les unes que les autres:
-
disparition de l'île de Théra, 1500 ans avant J.C;
-
tremblement de terre de Lisbonne ( P )1755 ;
-
tremblement de terre d'Agadir ( Maroc) en 1960 ;
-
incendie du complexe pétrolier de Flixborough ( USA ) 1974 ;
-
explosion de l'usine de Sévéso ( I ) 1976 ;
-
accident nucléaire de Tchernobyl ( Russie) 1986 ;
-
attentat et destruction des Twin Towers (à New-York) 2001 ;
-
explosion de l'usine chimique AZF de Toulouse ( F ) 2001 ;
-
inondations de la ville de Mohammedia (Maroc) novembre 2002.
Aucun pays, aucun continent n'est à l'abri du risque catastrophique.
Toute catastrophe impose, si l'on veut être efficace, une organisation des secours dont le schéma pourrait être:
-
Activation des chaînes de commandement ( PCO et PCF)
-
Des moyens en sauveteurs:
-
Une technique :
-
reconnaissance, afin de déterminer l'ampleur et d'évaluer le nombre des victimes ;
-
dégagement des victimes ;
-
tri ;
-
réanimation en fonction de la gravité ;
-
évacuation sur des structures de soins adaptées.
-
Constitution d'une chaîne médicale de secours:
I) ACTIVATION DE LA CHAÎNE DE COMMANDEMENT
Le commandement est organisé depuis deux PC, le PC fixe et le PC opérationnel, mis en place des la prise de connaissance de la catastrophe:
-
Le PC fixe (PCF)
Il est installé en général à la préfecture ou dans un bâtiment regroupant les officiels administratifs ( mairie ) . Le PC fixe assurera la coordination entre les différents PC opérationnels et les services régionaux ou départementaux qui auront à prendre des décisions officielles indispensables au bon déroulement des secours. Le rôle du PC fixe est un rôle de coordonateur général.
-
Le PC opérationnel (PCO)
Il doit être installé près du site de la catastrophe. Il doit être hors de la zone à risques, afin de pouvoir fonctionner en toute sécurité et en toute sérénité. Le PC fixe est en général installé dans un local ou bâtiment rapidement réquisitionné à cet effet. Ce peut être une école, un hall de bâtiment public, une salle de restaurant . Le PC opérationnel doit être facilement identifiable . Les responsables regroupés en ce lieu assurent la direction des opérations sur le terrain, ils centralisent les renseignements qui arrivent du site accidenté, transmettent les informations au PC fixe et donnent les ordres appropriés aux intervenants sur le terrain
La mise en place et l'activation de ces deux structures sont capitales pour le bon déroulement et la bonne coordination des secours.
PCF et PCO sont le cerveau de la chaîne des secours.
II) ENGAGEMENT DES SAUVETEURS
Les premiers sur les lieux d'une catastrophe sont les témoins, les familles des victimes. Ce sont donc les premiers sauveteurs.
II-1) Les premiers sauveteurs
Comme tous les témoins, ils arrivent par curiosité ou amenés par le besoin de secourir des parents ou des amis impliqués, ou dans un but de récupérer des biens endommagés. Les réactions de ces sauveteurs sont purement affectives, et les gestes effectués sont souvent désordonnés et néfastes. Il faut se méfier des sauveteurs isolés ayant des connaissances superficielles des pratiques de soins et qui imposent des techniques inadaptées. Il faut au contraire canaliser ces bonnes volontés car ils connaissent le terrain, les liens de parenté avec les victimes et même les victimes . Il faut savoir repérer des leaders ( médecins, sapeurs pompiers, militaires..) et les intégrer dans les chaînes de secours, notamment pour la reconnaissance, la mise en œuvre du déblaiement, le transport du matériel…
II-2) Les sauveteurs professionnels
Ce sont les personnels dont le métier est la mission de secours. On retrouve dans cette catégorie, les corps de sapeurs pompiers, les SAMU-SMUR, les O.N.G, la sécurité civile (UISC), les moyens militaires.
III) UNE TECHNIQUE PARTICULIÈRE
La technique médicale utilisée en médecine de catastrophe, repose sur des pratiques de reconnaissance, de dégagement de tri et de réanimation, différentes de celles pratiquées dans la pratique médicale courante. Dans notre métier quotidien de médecin, nous avons pour habitude et par éthique obligation de mettre toutes les techniques connues au service de 'l'individu malade. Tout doit être tenté pour sauver un patient. En médecine de catastrophe, tout doit être mis en œuvre pour sauver ceux qui peuvent être sauvés avec certitude au détriment des cas désespérés. La notion de masse passe avant l'intérêt individuel. La médecine de catastrophe repose donc sur un tri et une catégorisation des victimes.
III-1) Reconnaissance, évaluation et tri
La reconnaissance sur le terrain est un acte capital qui permet d'évaluer à quelques dizaines prés le nombre de victimes. Cet acte de reconnaissance et d'évaluation doit être effectué par un médecin chevronné capable , très rapidement de jauger l'ampleur de la catastrophe , d'anticiper sur les moyens à mettre en œuvre et de faire débuter le tri. Il faut considérer le triage comme un acte médical de diagnostic. Il doit être assuré par les médecins de la section de triage. Ce tri peut être effectué par rapport à la destination d'évacuation ( on garde ce que l'on peut traiter sur place et on met de côté ceux qui seront évacués sur des plateaux techniques spécialisés) On peut également trier par rapport à l'acte de réanimation ou à l'acte chirurgical . On va donc établir une hiérarchisation des victimes. Le classement des victimes peut s'établir selon les directives n° 86-283 du 18 septembre 1986 du Ministère de l'Intérieur. On distingue:
*Extrêmes urgences : EU
-
Détresses ventilatoires aiguës centrales ou périphériques par atteinte pulmonaire,cervico-maxillo-faciale ou obstruction aiguë ( ensevelissement , noyade..)
-
Insuffisance cardio-circulatoire par hémorragie massive
-
Brûlures 2ème et 3ème degré > 50%>
*Première urgence : U1
-
Polytraumatismes et délabrement des membres
-
Blessures abdomen et thorax
-
Hémorragies externes importantes
-
Plaies crânio-cérébrales
-
Traumatismes crâniens avec coma
-
Plaies pénétrantes de l'œil
-
Brûlures 2ème et 3ème degré < 50% et > 15 %
-
Intoxication par inhalation avec manifestations ventilatoires
-
Compression des membres avec choc
-
Hypothermie < à 32°
Deuxième urgence : U2
-
Fractures de membres
-
Plaies articulaires
-
Traumatisme crânien sans coma
-
Brûlures 2ème et 3ème degré < 15%
-
Intoxications avec manifestations cutanées.
*Troisième urgence : U3
*Impliqués:
-
Blessures psychologiques
-
Eclopés.
III-2) Réanimation et évacuation
Les actes médicaux et les thérapeutiques seront dispensés en fonction de la catégorisation des blessés donnée par le tri.Les EU seront à opérer très rapidement, ou à évacuer par moyens rapides ( essentiellement aériens) et sous assistance médicale type SMUR vers des structures adaptées, relativement proches du lieu de la catastrophe, capables de traiter immédiatement ces blessés.
Les U1 seront à traiter ou à opérer dans un délai de 6 heures après réception. Si ce temsp de 6 heures augmente, des complications peuvent apparaître et faire passer une U1 eu EU, ce qui embouteillera et désorganisera la chaîne de secours.
Les U2 pourront être traitées dans un délai allant jusqu'à 18h après diagnostic de la lésion en cause.
Quand aux U3, ils pourront bénéficier de centre de soins éloignés ou être pris en compte par des techniques de médecine ambulatoire.
IV) CONSTITUTION DE LA CHAÎNE DE SECOURS
Le dégagement, le transport vers le centre de tri et les évacuations vers les structures capables de traiter les blessés, ont imposé la création de norias., la mise en place d'un Poste Médical Avancé ou PMA et d'un Centre Médical d'Evacuation ou CME . Chacune de ces structure doit avoir un commandement et une organisation qui lui est spécifique.
IV-1) P M A ou Poste Médical Avancé
C'est le poste médical le plus près du site sinistré. Il reçoit les patients après leur dégagement des décombres.
Le PMA est en relation directe avec les sauveteurs sur le site. Il doit être proche et protégé pour ne pas être impliqué dans un sur-accident évolutif. Le rôle du PMA est de recueillir les victimes et d'effectuer la catégorisation primaire.
Le PMA est dirigé par un médecin chef, assisté selon l'ampleur du désastre par un ou plusieurs paramédicaux et auxiliaires de maintenance.
IV-2) C M E ou Centre Médical d'Evacuation
C'est la structure intermédiaire entre le PMA et les hôpitaux ou cliniques qui recevront les patients.
Le CME regroupe, héberge, vérifie et améliore la catégorisation des victimes. Le CME assure les soins médicaux nécessaires à l'évacuation en toute sécurité des patients. Les soins qui y sont prodigués sont d'une technicité plus élevée qu'au PMA.
Le CME assure la régulation des évacuations, en recherchant les places disponibles capables de recevoir les patients en fonction des leur pathologie. Le CME dispose d'une logistique et de moyens de liaison radio et téléphoniques puissants, pour être capable d'assurer les évacuations médicalisées.
La direction d'un CME doit comprendre un médecin chef assisté de plusieurs médecins adjoints. Le nombre de paramédicaux et d'auxiliaires est très important.
IV-3) Les Norias
Les norias constituent les "ponts" de transport et d'évacuation qui relient toutes ces structures. Pour être schématique et simple on peut distinguer:
-
la petit noria de ramassage entre le site détruit et le PMA ;
-
la noria d'évacuation primaire entre le PMA et le CME ;
-
la noria d'évacuation secondaire entre le CME et les hôpitaux et cliniques capables de traiter les blessés.
V) CONCLUSION
Il est évident que la prise ne compte sanitaire et médicale d'un événement catastrophique ne s'improvise pas . Tout doit être conçu et préparé à l'avance et dans les moindres détails ( fiches signalétiques des patients, paper-board pour noter l'identité des patients et leur destination, prévision de stocks de médicaments, de housses mortuaires..) La médecine de catastrophe repose sur des connaissances médicales sérieuse qui doivent être mises en œuvre très rapidement et qui nécessite des grandes qualités d'organisation.
Bibliographie
-
Médecine de catastrophe de R Noto , P. Huguenard, A. Larcan
-
Médecine en situation de catastrophe, Service de Santé des Armées: L-J Courbil et P. Chevalier
|