|
|
 |
 |
|
 |
|
 |
|
|
|
|
|
|
 |
Les pseudokystes péritonéaux, à propos d 'une observation privilégiée Dr. Chiheb Abdelilah Médecin généraliste privé à Kénitra. Président de l'Association des Médecins Généralistes Privés du Gharb |
|
Observation: Mme R.I., 38 ans,
mariée, un enfant de quatre ans, consulte pour des douleurs
abdominales et des vomissements. Selon la patiente, ces douleurs qui
étaient habituelles mais modérées depuis quelques mois, se sont
exagérées depuis vingt quatre heures. L 'interrogatoire précise que
la patiente est au treizième jour de son cycle, qu' elle n 'a ni
troubles du transit, ni signes urinaires. Dans ses antécédents, on
ne trouve rien de particulier, hormis une infécondité depuis quatre
ans. L'examen physique note une sensibilité de la région abdominale
basse et une matité de l'hypogastre et des deux fosses iliaques. La
patiente est apyrétique, son abdomen est souple et son état
hémodynamique est satisfaisant. Le diagnostic d'un épanchement
intrapéritonéal d'origine non déterminée est posé. Une échographie
abdominale pratiquée en urgence montre un épanchement anéchogène
comblant le pelvis dans lequel flotte l'utérus. Cet "épanchement" ne
change pas avec la position de la patiente. Les ovaires n 'ont pas
été identifiés et le reste de l'examen est sans particularités.
L'échographiste conclut à la possibilité " soit d 'une GEU", "soit d
'un kyste ovarien en phase de rupture". Les bêta HCG demandées en
urgence sont négatifs et l 'hémogramme est normal. La patiente est
confiée au gynécologue qui l'opère le lendemain. Dans son compte
rendu opératoire, il rapporte l 'existence de deux kystes géants
accolés au péritoine pariétal antérieur et postérieur dont la
dissection est particulièrement difficile. Il pratique une
résection de la paroi antérieure, retire un litre de liquide citrin,
et découvre des organes génitaux à l'intérieur de la poche ainsi
réséquée. L'analyse de la pièce à l'anatomopathologie retrouve une
"paroi kystique bordée par un épithélium cubique souvent aplati et
érodé , reposant sur une cloison fibreuse plus ou moins épaisse ,
parcourue de vaisseaux et de quelques éléments inflammatoires
mononucléés", et conclut au diagnostic de " Kyste péritonéal d
'accolement ".
Discussion: La découverte d 'une formation kystique complexe
dans le pelvis féminin conduit naturellement à soulever d'abord le
diagnostic de masse annexielle et notamment celui de kyste de l
'ovaire avec le souci d 'éliminer un cancer. Or, chez une femme en
activité génitale, susceptible d 'avoir des adhérences pelviennes,
il faut évoquer la possibilité de kystes péritonéaux. Ces kystes
sont décrits dans la littérature sous plusieurs appellations telles
que : "Pseudokystes péritonéaux ", de Kystes inflammatoires du
péritoine", de Kystes péritonéaux postopératoires", de "
Mésothéliomes péritonéaux multikystiques ", de "Kystes péritonéaux D
'inclusion ", terme le plus utilisé par les anglo-saxons. Ces
appellations correspondent chacune à une hypothèse éthiopathogénique.
On a d 'abord pensé à une origine tumorale, puis à une origine
inflammatoire. Actuellement, on admet que ces pseudokystes résultent
de l'accumulation de liquide d 'origine ovarienne dans des cavités
virtuelles formées dans le pelvis féminin par des adhérences
péritonéales. La grande majorité des patientes rapportées dans la
littérature avaient des antécédents soit de chirurgie pelvienne,
parfois multiples, soit de maladies inflammatoires pelviennes, soit
d 'endométriose, soit une association de ces pathologies. L 'âge
moyen des patientes se situe entre 30 et 38 ans selon les séries
(5,12,15), avec des extrêmes de 13 (6) et 51 ans (5,8). Notre
patiente n'a pas été opérée, mais les douleurs pelviennes à
répétition et l 'infécondité ont été interprétées comme résultant de
maladies inflammatoires pelviennes .
Les circonstances de découvertes de ces kystes sont habituellement
des douleurs abdominales basses généralement chroniques, rarement
aiguës (12), parfois progressivement croissantes (3), ou cycliques
(14). Moins souvent, ces kystes sont découverts à l' occasion d
'autres symptômes telles que métrorragies , constipation, troubles
urinaires, etc. (8) et parfois de façon fortuite.
L'examen physique est généralement pauvre. Il se résume à la
palpation d 'une masse pelvienne mal limitée, de consistance molle.
L'échographie est l 'examen de choix pour confirmer la nature
kystique de ces masses. Pratiquée par voie endovaginale, elle permet
de visualiser les septa intrakystiques et surtout de repérer
les ovaires intacts à l 'intérieur des kystes, soit au milieu, soit
plaqués contre la paroi des kystes . Sohay (15), compare cet aspect
à " l'araignée dans sa toile". Le repérage des ovaires plaide contre
le diagnostic de tumeur ovarienne. En faveur du diagnostic de
pseudokystes, on peut également mettre en évidence : l 'absence de
parois propres (14, 17), l'invagination des organes de voisinage
dans le kyste, la forme très irrégulière du kyste contrairement aux
vraies tumeurs ovariennes qui sont plutôt rondes ou ovales .
L'apport des autres techniques de l 'imagerie ne semble pas très
supérieur à celui de l 'échographie. L 'IRM aurait le mérite de
démontrer formellement l 'absence de paroi , l 'invagination des
organes de voisinage et de reconnaître la nature séreuse du liquide
(14) . A l'intervention
,on découvre des masses kystiques largement adhérentes aux organes
pelviens : utérus , ovaires, péritoine pelvien, intestins
(3,4,5,14,16). Leur nombre et leur taille varient entre un kyste
uniloculaire de quelques millilitres jusqu'à des masses
multikystiques comblant la totalité du pelvis (5). Dans la plupart
des cas, les kystes englobent les ovaires qui sont soit dans la
lumière, soit plaqués contre la paroi du kyste, ce qui a fait
confondre ces masses avec des kystes de l'ovaire (4,5,6 ). Ces
kystes se rompent souvent dès l 'ouverture de la paroi, et la
dissection est souvent difficile du fait de la faible définition du
plan de clivage. Le liquide peut être séreux, citrin ou
séro-hématique . A
l'histologie, le caractère constant est la présence d 'une bordure
de cellules mésothéliales plates ou cuboidales, tapissant la paroi
interne du kyste. Cette bordure est entourée par une épaisseur
variable de stroma conjonctif lâche, de collagène avec un infiltrat
inflammatoire variable.
Les diagnostics différentiels à éliminer sont: les cancers de l
'ovaire (âge plus avancé, contexte clinique et anamnestique
différent), les kystes du paraovaire (se développent dans le
ligament large, ne sont pas contigus aux ovaires, il n 'y a pas
d'adhérences), les lymphangiomes (prédominance masculine, 60%
avant 5 ans, localisation fréquente au niveau du mésentère, du
mésocolon, du rétropéritoine, l'histologie fait le diagnostic).
Le traitement des pseudokystes péritonéaux a longtemps été
essentiellement chirurgical: excision des kystes, adhésiolyse, avec
souvent salpingo-ovariectomie uni ou bilatérale et parfois même
hystérectomie totale élargie (3,4,5,8,10). Mais, les récidives
étaient fréquentes: 30 à 50% selon les auteurs, parfois multiples
chez le même malade, avec un délai variable de quelques mois à
plusieurs années (5,8,12). Depuis que l 'on connaît mieux la
physiopathologie de ces pseudokystes, on s 'oriente vers des
attitudes moins agressives. La ponction échoguidée permet de
soulager les douleurs et de décomprimer les organes de voisinage ,
et le blocage des ovaires par contraceptifs oraux ou par GnRha (16)
, permet de réduire la formation du liquide.
La chirurgie reste toujours indiquée si les kystes persistent ou
récidivent sous contraceptifs ou à l 'arrêt de ceux ci , en cas d
'infertilité . Mais la salpingo-ovariectomie doit être évitée dans
la mesure du possible .
En conclusion , les pseudokystes péritonéaux sont relativement rares
, mais ils doivent être évoqués systématiquement devant toute masse
kystique complexe intrapelvienne survenant chez une femme jeune avec
des antécédents de chirurgie pelvienne, et/ou de maladies
inflammatoires pelviennes, et/ou d'endométriose.
RÉFÉRENCES
Ultrasonography of abdominal fluid collections - Doust BD ,
Thompson R. - Gastrointestinal Radiology 3(3) 273-9, 1978
Aug. 31
Origin of peritoneal Fluid in women : an Ovarian exudation
product. - Koninckx PR. Renaer M. Brosens IA - British Journal
of Obstetrics & Gynecology 87(3): 177-83, 1980 Mar
Sonographic Demonstration of Multilocular peritoneal Inclusion
Cyst - Cancelmo RP - J Clin. Ultrasound 11: 334-335 ,
August 1983
Postoperative Peritoneal Cysts - Gussman D. Thichman D. Wheeler
JE - Obstetics&Gynecology. 68(3 suppl.) 53S-55S , 1986 Sep.
Peritoneal Inclusion Cysts with Mural Mesothelial Proliferation
- McFadden D.E; Clement P.B - The American Journal of
Surgical Pathology 10(12): 844-854 , 1986
Peritoneal Inclusion Cysts : Ovarian Fluid in Peritoneal
adhesions - Hoffer F.A, Kosakewich H., Colondy
H., D.P. Goldstein - Radiology 1988; 169: 189-191
Cystic Mesothelioma of the peritoneum - O'neil Ros,
Storm Buck, Wilkinson, Radiology 1989 ; 170:333-337
Multilocular peritoneal inclusion cyst ( so-called cystic
mesotheliomas ) - Ross MJ. Welch WR. Scully RE. CANCER 64
: 1336-13466 , 1989
L'endosalpingiose ou maladie des inclusions glandulaires
microkystiques et proliférantes du tractus génital et du
péritoine . À propos de six observations - De Morel Ph.,
Nomballais F., Sagot P., Dantal F., Lopès P., Lerat M.F.
Rev.fr . Gynécologie & Obstétrique., 1990 , 85, 5, 313-318.
An unusual case of persistent abdominal pain, entrapped Ovarian
cyst - Hederstrom. E., Forsberg .L. - Acta Radiologica - 31(3):
285-66 , 1990 May
Mesenteric and omental cysts: an ultrasonographic and
clinical study of 15 patients - Chou YH , Tiu CM, Chang T -
Gastrointest Radiol 16: 311-314 (1991)
Pathology of the peritoneum : A Review of Selects Topics - Daya
D., McCaughey W.T. - Seminars in Diagnostic Pathology, Vol.8, No
4 (November) 1991: pp277-289.
Quistes peritoneales multiloculares de inclusión en una puérpera
- González Carro, PS; Monés Xiol, J., Vidal Alvarez, P. Salvador
R., Prat, J. - Rev. Esp. Enf. Digest., 80, 2(127-130),1991.
Imaging of Peritoneal Pseudocysts : Value of MR Imaging Compared
with Sonoghraphy and CT - Kurachi H., Mukarami T.,
Nakamura H., Hori S., Miyake A., Kozuka T., Tanisawa O. - AJR
1993; 160: 589-591.
Sonographic Diagnosis of Peritoneal Inclusion Cysts - Sohay R.,
Gardner T.L., Woodward P.J., Peterson C.M. - J Ultrasound Med 14
: 913-917, 1995.
Value of gonadotrophin-releasing hormone agonist in diagnosing
peritoneal pseudocysts - Kurachi H., Murakami T., Maeda T.,
Tsuda K., Higashiguchi O., Nakamura H., Miyake A. - Acta
Obstetrica et Gynecologica Scandinavia 75(3):294-7, 1996 March.
Benign extraovarian mimics of ovarian cancer .Distinction with
imaging studies - Levine CD, Patel UJ, Ghanekar D., Wachsberg
RH., Simmons MZ., Stein M. - Clinical Imaging 21(5):350-8,
1997 Sep-Oct.
Peritoneal cyst . A case report - Cervone P., Boso Caretta F.,
Painvain E. , Marchiani E. , Montanio G. - Minerva Ginecol 1999
Nov ; 51(11) : 449-51.
| |
|
|
Retour aux publications |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|